Atelier de RAP et de Paysages de France sur l’affichage publicitaire aux Journées d’été d’Europe Ecologie Les Verts

14 h 34 min dans blog, news par Collectif Comresponsable

Charlotte Nenner et Khaled Gaiji, co-présidents de l’association Résistance à l’Agression Publicitaire commencent par dresser un état des lieux de la situation : la France est le plus mauvais élève d’Europe, avec 12,5% des investissements publicitaires consacrés à l’affichage (autour de 9% dans la plupart des autres pays). L’objectif de RAP est de réduire les espaces publicitaires au format 2 m2 et le nombre de ces panneaux, avec deux priorités : les écrans numériques et les bâches. Dans les transports en commun aussi, le STIF, par exemple, en Ile-de-France, n’a que la décision à prendre pour réduire, voire supprimer toutes les publicités. Charlotte Nenner, qui a siégé au Conseil d’administration de la RATP, confirme que les ressources publicitaires représentent à peine 1% du budget de fonctionnement de la RATP.


Publicité pour Apple Place des Vosges à Paris. L’Etat et la Mairie acceptent que soit prostitué l’un des fleurons de notre patrimoine au profit de l’industrie américaine : à quand un dossard publicitaire sur le dos du Maire ?

Pierre-Jean Delahousse décrit les actions juridiques lancées depuis 2008 par l’association Paysages de France qu’il préside. En effet, dans un nombre considérable de cas, les panneaux ne sont pas conformes à la réglementation. Paysages de France a déjà obtenu 55 condamnations ; 12 autres procès sont en cours. Il invite le public à signaler aux associations tous les cas d’implantations douteuses ; idem pour les copropriétés qui peuvent faire pression sur leur syndic. On se prend à rêver à une appli de crowdsourcing qui permettrait aux citoyens de faire des pétitions instantanées contre des panneaux géolocalisés…

Un élu de Strasbourg raconte son parcours du combattant pour supprimer un tiers des panneaux de l’agglomération : lobbies, intérêts particuliers, complexité du sujet éclaté entre plusieurs administrations… Strasbourg a tout de même réussi à mettre en place un système de vélos partagés qui coûte dix fois moins cher que Vélib (coût d’un Vélib = 4000 €/an).

André Gattolin, sénateur des Hauts-de-Seine (et ex-militant de Stop Pub), essaye au sein de la commission Culture, éducation, médias, de faire passer quelques idées, comme par exemple de surimposer les collectivités qui louent des espaces aux afficheurs.

L’automne 2013 et le début de 2014 vont être propices à une vraie réforme de l’affichage qui a été manquée après le Grenelle de l’environnement de 2007 (au dire des intervenants, « c’est JC Decaux qui a écrit la loi qui en est sortie, laquelle est pire que celle qu’il y avait avant »). Par où commencer ?
Par appliquer la loi. A Paris, si on appliquait la loi sans dérogations, 80% du territoire seraient dépourvus de pub !
Dérogations, c’est bien là le problème : les élus, pire, les communautés de communes, peuvent à loisir introduire des exceptions diverses, au prétexte que l’affichage crée des emplois et rapporte des ressources (une étude sur les externalités réelles de cette industrie est d’ailleurs souhaitée par tous). Entre les amendements des lobbies et les règlements dérogatoires locaux, la loi est un véritable maquis dans lequel les afficheurs, juridiquement armés jusqu’aux dents, croquent sans vergogne les pauvres fonctionnaires (d’ailleurs de moins en moins nombreux, réduction du budget national consacré à l’environnement oblige) chargés de la faire respecter.
« Une bonne loi sur l’affichage devrait tenir dans 4 feuillets », souligne Charlotte Nenner.

Au nom de l’Association pour une communication plus responsable (ex-Collectif des publicitaires éco-socio-innovants), je souligne que l’action des anti-pubs devrait aussi cibler les publicitaires eux-mêmes, ces marques et agences qui usent de ces affichages abusifs. Il y va de l’intérêt des annonceurs qu’il y ait moins de panneaux : cela augmenterait l’efficacité de leurs messages, permettrait de privilégier l’intelligence et la qualité plutôt que la quantité et la répétition. Et cela contribuerait à éliminer des métiers de la communication les pratiques de connivence et de corruption avec le monde politique (d’ailleurs, pourquoi élus de la Nation et ministres ne publieraient-ils pas les noms des gourous de la pub qui les conseillent ?).

Les participants se quittent en promettant de s’interdire tout affichage sauvage lors des municipales de mars 2014 et de taguer plutôt les panneaux qui nous polluent ;-)